04 août 2013

Open [Pilot Script]

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OPEN

 Drama // 52 minutes

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Après avoir pris son pied à 10 000 mètres dans les airs avec une autre passagère lors d'un voyage en avion, Grace, une gynécologue trentenaire, doit affronter ses désirs les plus profonds, qu'elle a enfoui depuis des années pour mener une vie normale, banale. Lorsque son petit ami de longue date, Jonathan, la demande en mariage, elle n'a plus le choix : elle doit réagir et vite ! Elle lui avoue donc son infidélité et sa probable bisexualité. Mais lui aussi a des choses à lui révéler...

Ecrit et produit par Ryan Murphy (Nip/Tuck, Glee, American Horror Story) et Lauren Gussis (Dexter). Pour 20th Century FOX Television & Ryan Murphy Television. 62 pages.

Avec Scott Speedman (Felicity, Last Resort, Underworld), Anna Torv (Fringe, Mistresses UK), Wes Bentley (Hunger Games), Jennifer Jason Leigh (JF partagerait appartement, Weeds, Revenge)... (casting en cours)

 

   Open, c'est un peu comme si Ryan Murphy, après des années de séances de masturbation intensives, nous jetait toute la sauce à la gueule. Il est allé loin voire même très loin dans Nip/Tuck, en revenant sur à peu près toutes les perversions sexuelles répertoriées chez l'être humain, jusqu'au baiseur de canapés, il est toujours bon de le rappeler. Il s'est également fait bien plaisir avec American Horror Story mais en axant davantage le propos sur la violence, la torture et la mise à mort. Il y a bien sûr eu entre temps les pauses tendresse avec Glee et The New Normal. Et le revoilà avec Open, sa série la plus ouvertement sexuelle, mais peut-être aussi la plus intime et la moins racoleuse du lot. Enfin ça, ça reste encore à prouver. Il ne résistera sans doute pas longtemps à la tentation de tout faire partir en vrille. En attendant, ce pilote nous présente des personnages totalement en dehors des caricatures habituelles dont le créateur est friand. Ces gens ont l'air normaux. Oui, le mot est lâché.

   Le pilote s'ouvre sur deux scènes tout à fait saisissantes et vivifiantes qui nous présentent les deux personnages principaux, Grace et Jonathan, le couple phare, dans leurs explorations sexuelles individuelles. Elle s'envoie en l'air dans les toilettes d'un avion avec une inconnue rencontrée quelques minutes plus tôt, cunilingus à la clé. Lui se branle frénétiquement dans les WC de son entreprise en "sextant" avec une collègue qui lui fait de l'oeil -et pas que- depuis des mois. Pour intellectualiser la chose un minimum, parce qu'on est quand même sur HBO, la voix-off de Grace nous explique avec beaucoup de finesse j'ai trouvé ce désir, transformé avec les années en mal être, qui la ronge et qui aujourd'hui déborde d'elle au point de faire fi de ses principes et de trahir l'être aimé. Le propos de la série est moderne et il est explicité au cours des dialogues entre Jonathan et son meilleur ami, un coureur de jupons invétéré, prétentieux, marié et père d'un petit bébé. Il part d'un constat simple : aujourd'hui, 53% des mariages se terminent en divorce, l'espérance de vie dépasse les 80 ans et les réseaux sociaux occasionnent sans cesse de nouvelles rencontres et d'irrésistibles tentations. Peut-on vraiment être heureux et épanoui toute sa vie en restant auprès de la même personne ? L'homme et la femme sont-ils vraiment faits pour être monogames ? Les alternatives existantes (couple libre, plan à trois...) sont-elles sérieusement envisageables ? Et je crois que toutes ces questions, on est tous amenés à se les poser un jour. On dit souvent que Murphy a tendance à projeter ses fantasmes et ses frustrations à travers ses séries, mais dans Open, j'ai davantage le sentiment qu'il ouvre son coeur. On ressent d'ailleurs une touche féminine plus présente que dans ses oeuvres précédentes, sans doute apportée par sa co-scénariste sur ce projet.

   On retrouve toutefois son style, que les fans ne s'inquiétent pas pour cela ! Ses détracteurs auront également de la matière. On a droit à la séquence musicale façon Nip/Tuck, ici sur "You are the sunshine of my life" de Stevie Wonder; les traits d'humour ne manquent pas dans les dialogues; et l'homosexualité et la bisexualité sont des thèmes centraux, traités plus frontalement que dans Nip/Tuck, où il s'agissait souvent de sous-texte, et moins naïvement et idylliquement que dans Glee et The New Normal, cela va sans dire ! Car si l'héroïne a du mal à gérer ses désirs saphiques, il y a un autre personnage, un homme, qui prétend être hétéro depuis toujours alors qu'il adore se faire prendre régulièrement. Il y a ce couple de lesbiennes (Anna Torv et Jennifer Jason Leigh) qui est au bord de la rupture et ce couple d'hétéros qui pratique l'échangisme mais se cache bien de le crier sur tous les toits. On navigue clairement au milieu du petit monde de Hollywood, qui offre un peu de rêve aux pauvres gens que nous sommes, mais on ne manque pas de nous rappeler que l'argent ne fait pas le bonheur. Ces héros, au fond, ont les mêmes problèmes que nous. A travers le métier de Grace, Open introduit des éléments procéduraux : on assiste ainsi à quelques consultations de la gynécologue, dont une très Nip/Tuckienne où un homme se plaint des lèvres géantes de sa femme -et je parle bien des lèvres "du bas"- et souhaite ainsi les faire réduire. Vous voyez le genre.

   Une question brûle vos lèvres à vous, j'en suis sûr : jusqu'où va Open visuellement (sachant que je me base sur des descriptions, pas sur des images) ? Eh bien... très loin. A vrai dire, il y a peu de scènes où tous les personnages sont habillés. Il y en a au moins un/une qui est nu(e). Scott Speedman va particulièrement devoir donner de sa personne : dans le spa, dans la douche, dans les toilettes, au lit, dans une voiture... Bref ! Son pote Wes Bentley est assez gâté aussi. Un peu plus de pudeur semble entourer les femmes de la série, mais voir Anna Torv performer un cunnilingus et un orgasme me remplit par avance de joie. On est très loin de cette chère Olivia Dunham. Beaucoup de nudité donc, un langage extrêmement cru où une chatte est appelée une chatte et une bite une bite. Au final, je ne suis pas si étonné que ça que le projet se soit retrouvé sur HBO. C'est la seule, avec Showtime et Starz, qui peut se permettre d'en montrer autant. Abonnements oblige. Sur FX, par exemple, Murphy aurait eu moins de libertés, peut-être une frustration qui remonte à l'époque de Nip/Tuck d'ailleurs où il n'a quand même jamais cessé de repousser les limites qu'on lui avait fixé, mais là, il les exploserait allègrement ! Et puis Showtime avait déjà Masters Of Sex dans ses cartons. En terme d'écriture, HBO nous a évidemment toujours habitué à mieux. Open n'est pas un chef d'oeuvre de ce point de vue. Je trouve par exemple que tout va beaucoup trop vite, un défaut plutôt réservé aux séries de networks en général. Mais c'est la version plus grand public et moins déprimante de Tell Me You Love Me, tentative de HBO sur le même sujet qui n'avait pas intéressé grand monde malgré ses qualités indéniables.

   Je voulais faire court sur Open. Mais plus c'est long plus c'est bon, non ? Même si j'ai peur que le contenu de la série soit trop léger pour HBO, il faut qu'elle voit le jour, ne serait-ce que pour nous offrir, enfin, un programme digne de ce nom sur la sexualité ! Je l'imagine d'ailleurs assez bien fonctionner sous forme d'anthologie, comme American Horror Story. Changer de personnages, de lieu et de grands thèmes à chaque nouvelle saison. Car aussi intéressants et potentiellement attachants soient les héros, je ne suis pas persuadé que leurs "sexcapades" puissent nous tenir en haleine au-delà de 13 épisodes. Ryan Murphy n'a pas fini de faire parler de lui !

Posté par LullabyBoy à 12:30 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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