20443694 (1)

EMPIRE

Drama // 42 minutes

44030377

Ecrit, produit et réalisé par Lee Daniels (Precious, Paperboy, Le Majordome). Co-créé et co-produit par Danny Strong (Game Change, Le Majordome, Hunger Games : la révolte). Co-produit par Timbaland. Pour FOX, 20th Century FOX Television & Imagine Television. 64 pages.

Lucious Lyon, ancienne star du hip-hop, est devenu en l'espace d'une vingtaine d'années l'un des plus riches producteurs de disques Américains. Atteint d'une grave maladie, ses jours sont comptés. Il ne lui reste donc plus beaucoup de temps pour désigner son successeur parmi ses trois fils. Deux sont des artistes débutants, très différents mais soudés, tandis que le troisième est un homme d'affaire prêt à tout pour obtenir la position qu'il croit lui revenir de droit. Alors que la famille est sur le point de se déchirer, Cookie, la matriarche, en prison depuis 20 ans, retourne parmi les siens et sème encore un peu plus le touble. Elle a des comptes à régler et une vengeance à assouvir...

Avec Terrence Howard (Iron Man, Prisoners, Los Angeles Police Judiciaire), Taraji P. Henson (Person Of Interest, Boston Justice), Jussie Smollett, Bryshere Y. Gray, Trai Byer (90210), Malik Yoba (Rasta Rockett, Alphas), Kaitlin Doubleday (Cavemen), Grace Gealey et la participation de Gabourey Sidibé (Precious, The Big C).

 

   La télévision ne sait plus comment réinventer le soap. Et ça se comprend : le meilleur a déjà été fait, de Dynastie à Dallas en passant par Côte Ouest et Melrose Place. L'an dernier, NBC misait sur le classique mais prometteur Hatfields & McCoys, qui n'a pas été commandé en série. ABC tentait Venice, un sous Newport Beach déjà vu all over again. Pas de commande en série non plus. Pendant ce temps-là, Revenge essaye d'être un bon soap depuis trois ans mais n'y parvient pas, Nashville se soapise toujours un peu plus avec une relative aisance et Dallas, la nouvelle version, est bien loin devant ses concurrentes, éternelle. Les networks n'abandonnent pas l'idée de trouver LE bon projet. On a déjà parlé de Sea Of Fire chez ABC, de Salvation chez NBC, deux belles propositions, et voici Empire, qui se débrouille très bien et avec encore plus d'originalité que les deux autres. Si les trois venaient à être validés, on pourrait parler d'une tentative de renaissance du genre et ça ferait du bien...

   La première originalité évidente d'Empire, c'est qu'elle s'attaque à un univers peu visité à la télévision : celui du hip-hop. Starz va tenter le coup avec Power, produit par 50 Cent, mais il ne s'agit pas d'un soap à proprement parlé. Là, on est en plein dedans, avec les ingrédients habituels : des coups bas, des trahisons, des vengeances, du chantage, du sexe, du meurtre, le tout en famille, parce que c'est toujours plus rigolo comme ça. Et le monde de la musique n'est pas qu'un prétexte, une toile de fond. Il fait partie intégrante de la série. Des numéros musicaux sont d'ailleurs prévus (trois environ dans ce pilote), assurés côté production par l'équipe de Timbaland (un peu has-been mais néanmoins experte). Différentes problématiques sont abordées, comme la difficulté d'être riche ET noir dans ce pays où ce n'est pas la norme, d'être rappeur ET gay dans un milieu encore plus homophobe que n'importe quel autre, d'être une ancienne gloire qui tente de rester dans le coup, d'être un débutant avec un nom célèbre mais qui doit quand même faire ses preuves comme n'importe quel autre, de faire partie d'une famille d'artiste sans en être un soi-même... Ce pilote fourmille de pistes intéressantes pour la suite et va au-delà du simple guilty-pleasure qui consiste à empiler les rebondissements. Empire aurait pu naître sur FX au fond, elle y aurait eu sa place. Elle dégage une grosse énergie masculine -hip hop oblige- elle s'appuie sur peu de personnages féminins mais celles qui sont là sont bien là : elles sont fortes et elles savent exactement comment se faire entendre, sans forcément utiliser leurs charmes pour cela. Et puis il y a quand même du sexe pas très network-friendly, l'un des frères ayant recours aux services d'une prostituée aux seins énormes, avec qui il converse tout en lui suçant les têtons. Pendant ce temps, elle lui carresse la tête en lui demandant : "Tell me I’m your mama!". C'est weird.

    Le personnage du père est absolument détestable, et de plus en plus au fur et à mesure. Il manipule tout le monde sans scrupules, c'est lui qui a fait envoyer sa femme en prison par exemple. Mais c'est aussi un meurtrier : il a tué par le passé et il tue dans ce pilote à nouveau. La mère est absolument géniale. Chacune de ses scènes est jouissive. Elle a un humour décapant. Elle a aussi quelques séquences très émouvantes. Les trois frères sont quant à eux suffisamment différents pour qu'on ne les confonde pas  mais c'est Jamal, le plus jeune, qui sort indéniablement du lot et qui a le plus de temps d'antenne. C'est lui qui est gay, en couple, et c'est un petit génie de la musique. Le seul frein pour que sa carrière décolle, c'est son père. Lui préfère miser sur son autre frère, Hakeem, qui est hétéro, pas aussi talentueux mais qui se débrouille bien. Papa Lucious est homophobe de chez homophobe et interdit à son fils de faire un coming-out public. Il y a deux scènes de flashback lorsque Jamal était enfant qui sont absolument bouleversantes et tout à fait horribles à la fois. Le troisième frère est à peu près aussi mauvais que son père mais il est en cours d'apprentissage. Sa femme, une pimbêche aux dents très longues, promet d'être LA bitch que l'on va adorer détester. Je suis déçu par le rôle réservé à Gabourey Sidibé. Elle joue l'assistante de Lucious. Elle est certes amusante mais elle a quatre lignes de dialogue dans deux scènes de 20 secondes... Au bout du compte, le seul truc qui m'a posé problème dans ce pilote, c'est le "language afro-américain" qui sonne toujours un peu faux, en tout cas à l'écrit, à coup de "yo", "nigga", "brotha", "bro", "bitch" à chaque fin de phrase. C'est cliché mais c'est en même temps une réalité. Un faux problème donc je suppose. 

   Empire promet d'être un beau soap, efficace ET intelligent. Un Nashville du hip-hop en quelques sortes avec un point de départ un peu plus fort. Trop segmentant pour devenir un hit, sans doute, mais de trop bonne facture pour être ignoré, surtout vu les forces en puissance : deux des scénaristes/réalisateurs les plus en vus du moment !