85934090_o

WONDERLAND

Drama // 42 minutes

85643458_o

Ecrit par Whit Anderson. Produit par Anthony E. Zuiker (Les Experts). Adapté de Lewis Carroll. Pour ABC Studios, Universal Television, Brillstein Entertainment & NBC. 56 pages.

 

   Le conte d’Alice au Pays des Merveilles est l’un des plus beaux et excentriques qui soient. C’est sans doute pour cette raison que même un réalisateur aussi talentueux que Tim Burton n’a pas su lui rendre l’hommage qu’il méritait. A partir de là, il n’est pas très étonnant de découvrir que le Wonderland de NBC ne s’en sort pas mieux. Ses tentatives de se démarquer de l’histoire originale sont louables mais discutables. La série ne suit pas Alice, mais Clara, une jeune femme qui semble avoir à peu près le même caractère qu’elle, et qui est une Cosette comme on n’en fait plus ! Elle vit dans la misère la plus totale : maison à l’abandon, plus d’électricité faute de pouvoir payer les factures, un petit frère au lycée dont elle doit s’occuper, un père mystérieusement disparu et une mère qui se bat contre la folie en hôpital psychiatrique. Pour couronner le tout, Clara travaille dans un diner sordide, avec un patron imbuvable. Bref, le premier acte du script qui montre sa vie est tout sauf joyeux et enthousiasmant. Puis la magie et les lapins blancs font leur entrée en scène. Là, le pilote démarre… mais le plaisir est de courte durée.

   Dans cette version, point de chute vertigineuse pour atteindre Wonderland mais le passage sous un pont dans un coin miteux de Detroit. Oui, autant choisir une ville bien tristounette. C’est beaucoup moins impressionnant. D’autant qu’il est question d’accident de voiture et de bouteille de bière à ce moment-là. Clara est jolie mais tout sauf glamour. Je suis curieux de voir ce que va donner le petit voyage en ascenseur qui entraîne l’héroïne et le lapin blanc –qui prend forme humaine- au cœur de la forêt enchantée. La description très fantasque fait envie. Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une production ABC Studios… Donc avec des effets-spéciaux très limités façon Once Upon A Time. Quoiqu'Universal Television semble vouloir mettre la main à la pâte aussi. Ce qu’il faut savoir sur Wonderland, et c’est là toute l’originalité de cette version : point de Reine de Cœurs ou de Reine Rouge –à ce stade en tout cas- puisque c’est Alice elle-même qui domine le Royaume ! Oui mais cette Alice, si elle a gardé son goût pour la facétie, est devenue méchante. Et ça, c’est surprenant, certes, mais pas très engageant. Je vais même vous spoiler : elle a volé le père de Clara depuis 8 ans pour en faire sa chose ! Elle lui a lavé le cerveau à coup de merveilles et elle est bien décidée à le garder près d’elle. C’est ainsi qu’une guerre naît entre Clara et Alice. L’une a quelques alliés pour l’aider, l’autre possède une armée. Ce n’est pas très équitable. Mais le rapport de force est amené à s’inverser car une rébellion se prépare à Wonderland. Alice la despote s’est mise tout son peuple à dos ! Au bout du compte, on se retrouve avec les mêmes enjeux que dans l’histoire originale mais avec un glissement des personnages. Point de Chapelier fou, de Chenille, ou tout autre personnage mythique du conte en dehors du Lapin et d’Alice pour le moment. C’est un peu frustrant. Et puis je me dois d’insister : on n’a pas envie de détester Alice ! Bien sûr qu’il y aura des explications derrière tout ça et qu’elle redeviendra bonne et aimante à la fin, mais le mal est déjà fait. Il y a une scène où elle coupe sans vergogne la tête d’un de ses assaillants. Elle veut en faire de même pour Clara à cause d’un mot de trop… Mouais. On revient dans la réalité par la suite, on fait la rencontre de la mère de l’héroïne… et tout se déroule sans que l’on s’y intéresse vraiment. Ce Wonderland n’est pas très plaisant et la réalité est juste trop déprimante !

   J’ignore si NBC va réellement tourner ce pilote après l’avoir repoussé, officiellement pour des raisons de production, mais le fait qu’ABC se lance dans un spin-off de Once Upon A Time se déroulant justement au Pays des Merveilles et qui risque fortement d’être validé me fait dire que l’on ne verra jamais le bout du nez de cette Clara. Et je crois que l’on ne rate rien. Ce Wonderland manque de fantaisie, de « merveilles ». Il est trop sombre, trop déprimant, trop facile. Il en décevrait plus d’un. Je ne suis pas contre une Alice plus dark, pourtant. Je trouverais même ça intéressant. Mais pas comme ça. Par ailleurs, je soupçonne fortement le président de NBC d’être monomaniaque et d’avoir un problème avec sa fille –s’il en a une- car entre Believe, The Sixth Gun, l’horrible Bloodlines et Wonderland, il est toujours question d’une relation père/fille compliquée ! Les deux premières nous suffiront –et raviront- amplement.