20443686

19865485

AMERICAN CRIME

Drama // 42 minutes

61074943-bis

Ecrit, produit et réalisé par John Ridley (12 Years A Slave, Les Rois du désert, New York 911). Pour ABC, ABC Studios & Stearns Castle. 60 pages.

L'étude d'un crime odieux, soupçonné d'être raciste, de l'enquête et du procès qui en découlent, aussi bien du point de vue des familles des victimes que de celui des accusés...

Avec Timothy Hutton (Leverage, Kidnapped, The Ghost Writer), Felicity Huffman (Desperate Housewives, Sports Night), Benito Martinez (The Shield, Sons Of Anarchy, Million Dollar Baby), Richard Cabral (SouthLAnd), Elvis Noslasco (Old Boy), Penelope Ann Miller (Mistresses, The Artist), Johnny Ortiz (Ali), Caitlin Gerard (Zach Stone is gonna be famous), W. Earl Brown (Mary à tout prix, Scream, Vanilla Sky), Brent Anderson... 

 

   Avec un titre très générique qui fait irrémédiablement penser à "American Horror Story", il me paraît évident qu'ABC aimerait faire de cette nouvelle série une franchise anthologique qui aurait pour ambition d'explorer en une douzaine d'épisodes maximum chaque année des crimes "exemplaires", renvoyant aux différents mythes américains et aux problèmatiques sociales modernes de ce vaste pays. C'est un projet ambitieux, risqué, très câblé dans l'esprit, qu'il sera très compliqué d'imposer sur un network, qui plus est un network qui n'est pas connu pour ses séries policières (hormis Castle) ou même judiciaires (The Practice et Boston Justice commencent à dater). Mais c'est tout à l'honneur de la chaîne de vouloir se diversifier et avec John Ridley à la tête de cette première saison, le monsieur qui vient d'obtenir un Oscar pour l'excellent 12 Years A Slave, elle devrait au moins être assurée d'un accueil critique élogieux. A noter qu'il a développé cette série de son côté, depuis quatre ans, avant de la présenter aux différentes chaînes. Inutile de préciser qu'il s'agit d'un programme fait pour une case tardive de 22h, du moins si ABC laisse le pilote tel qu'il est écrit : sombre, violent, désespéré.

   Au début du script, lorsque le scénariste présente deux des personnages principaux, il insiste beaucoup sur le fait que ce sont des hommes "normaux". Un homme blanc normal de la classe moyenne qui mène une existence simple comme des millions d'Américains. Jusqu'à ce qu'il apprenne le meurtre de son fils. Un jeune homme normal aussi. Du moins en apparence. On découvre ainsi au fur et à mesure son histoire, celle de sa famille, de son divorce, de son ex-femme (incarnée par Felicity Huffman), de ses deux enfants. Mais tout a basculé. Plus rien n'est normal. Tout devient colère et souffrance. On sent sur ses épaules tout le poids de la culpabilité, ce que Barb, son ex donc, encourage vivement à coup de remarques acerbes. Ces deux héros amers sont complexes, éloignés des personnages un peu lisses que la télévision a tendance à nous servir à coup de stéréotypes et ils ont le potentiel de transmettre énormément d'émotions, ce à quoi les deux acteurs choisis devraient parvenir sans mal. A l'opposé d'eux, derrière un miroir inversé, on suit l'existence d'un autre homme "normal", mais dans une autre normalité. Celle d'un latino américain, veuf, qui habite dans un quartier difficile, qui n'a pas beaucoup d'argent mais suffisamment pour vivre dignement et assurer à ses deux enfants une éducation, tout en leur transmettant des valeurs en lesquels il croit, celles qui lui ont permis de réussir son intégration aux Etats-Unis. Mais tout va basculer pour lui aussi lorsque son fils, qu'il pensait éloigné de toute forme de délinquance, est soupçonné du fameux meurtre. Le parallèle entre ces destins est d'une grande richesse et devrait continuer à être pertinent dans la suite des événements, au cours du procès notamment. Le plus intéressant dans tout cela c'est que le crime raciste n'a pas été perpétué par un homme blanc sur un homme de couleur mais par un homme de couleur sur un homme blanc. C'est presque un contre pied à ce à quoi on pouvait s'attendre, par habitude. 

   Sous une forme qui n'est pas sans rappeler The Killing, le pilote nous entraîne ainsi d'un quartier à un autre, d'une maison à une autre, d'une ambiance à une autre, aux côtés de personnages qui ont tous une importance dans la mécanique de l'enquête mais qui ne sont jamais passifs. Le principal détective chargé de l'affaire montre à quelques reprises qu'il ne se contente pas seulement de faire son job. Il fait preuve d'empathie, il conseille la famille des victimes (car il y en a en réalité deux, mais je ne vais pas tout vous raconter afin de vous laisser quelques surprises). Je ne pense pas que l'on s'attachera pour autant à un moment donné à sa vie personnelle, mais ça ne manque pas. C'est même mieux ainsi. Il y a une récurrence dans la mise en scène, notamment via des plans de la ville pris depuis des fenêtres, submergés par des voix radiophoniques correspondant à des bulletins d'information ou à des débats sur le meurtre. Une manière d'inscrire le fait divers dans l'actualité, de préparer probablement les futurs retentissements médiatiques aussi. A plusieurs reprises, le pilote bascule dans le glauque à travers un couple interracial de drogués. La jeune fille se fait tabasser par un groupe de femmes blacks dans les toilettes d'un bar miteux. Elle est sur le point de se prostituer à un autre moment. Ce sont des personnages auxquels on a du mal à s'attacher jusqu'à une scène qui nous montre combien ils s'aiment, combien le garçon tient à elle. Combien c'est beaucoup plus compliqué entre eux qu'on ne l'imaginait. 

   American Crime pourrait bien se révéler être un petit chef d'oeuvre comme la télévision de network en offre rarement. Ce pilote annonce une série cinématographique, ambitieuse, riche, exigeante, peut-être même bouleversante, qui n'a pas nécessairement des choses à dire très nouvelles ni très originales, mais qui le fait efficacement et sans concession. ABC n'est certainement pas l'écrin qui la mettra le plus en valeur mais j'espère qu'elle saura au moins lui donner sa chance.