20443690 (1)

3114_showbiz_4_840_568_100

MADAM SECRETARY

Drama // 42 minutes

61074943-bis

Ecrit par Barbara Hall (Amy, Le Monde de Joan, Homeland). Produit par Morgan Freeman. Réalisé par David Semel (Person Of Interest, Heroes, Life). Pour CBS, CBS Television Studios & Revelations Entertainment. 64 pages.

Lorsque le Secretaire d'État Américain meurt dans un mystérieux accident d'avion, le Président des Etats-Unis Conrad Dalton désigne Elizabeth Faulkner McGill, une amie de longue date, comme sa remplaçante. Chargée de la diplomatie internationale, cette femme brillante qui a fait carrière dans la CIA doit désormais jongler avec la bureaucratie, le staff mis en place par son prédécesseur qui ne lui est pas toujours favorable, la presse carnassière, les dîners officiels superficiels et sa vie de famille, quelque peu pertubée par ses nouvelles fonctions... 

Avec Tea Leoni (Une fille à scandales, Deep Impact, Jurassic Park III), Tim Daly (Private Practice, Wings, The Nine), Bebe Neuwirth (Cheers, Frasier, The Good Wife), Geoffrey Arend (Body Of Proof), Erich Bergen, Patina Miller... (casting en cours)

 

   Inutile de faire durer le suspense, vous avez vu le nombre d'étoiles plus haut : le pilote de Madam Secretary est presque parfait ! En fait non, il est parfait. Mais pour obtenir les quatre étoiles il faut offrir du plus-que-parfait. Avec le succès de Scandal, qui a en quelque sorte permis de décomplexer les scénaristes après le succès public et critique de The West Wing, il fallait s'y attendre, la télévision veut réinvestir la Maison Blanche, plusieurs projets étant développés dans ce sens : Agent X pour TNT, avec rien de moins que Sharon Stone dans le rôle de la première Vice-Présidente; Warriors, série médicale pour ABC se déroulant dans un hôpital militaire de Washington; The Brink, une comédie noire destinée à HBO se situant dans le bureau oval; un projet sans titre de CBS consacré aux nouveaux terroristes et une cellule spécialisée de la CIA pour les détecter; et donc cette chère Madam Secretary, la plus proche du pouvoir de toutes.

   Après avoir collaboré à la saison 3 de Homeland -que je suis l'une des rares personnes à avoir aimé- Barbara Hall s'et lancée un défi incroyable, qu'elle a parfaitement réussi : installer une femme à la Maison Blanche en l'espace de 42 minutes, qui soit à la fois intelligente, compétente, originale, honnête, maternelle, éblouissante... et super attachante. J'ai certainement dû oublier quelques adjectifs pour la décrire, mais je crois que vous savez l'essentiel. Ah si, j'ai oublié de vous dire un truc : elle a beaucoup d'humour aussi ! Le petit problème dans tout ça, c'est qu'elle donne le sentiment d'être parfaite. Sa présentation manque certainement de failles. Elle ne trahit personne, elle ne trompe pas son mari -elle ne couche pas avec le Président !- elle garde son calme en toutes circonstances... J'a extrêmement hâte que le vernis craque. Mais il me semble que l'écriture est suffisamment brillante et l'ambition bien assez grande pour que la quarantenaire se retrouve rapidement face à des dilemmes moraux qui la forceront à basculer, parfois, du côté des forces obscures. Pour resituer l'héroïne dans le contexte initial, celui du premier acte, sachez qu'elle a fait ses armes à la CIA, qu'elle a gardé de très bons contacts avec un certain nombre de ses anciens collègues -ce qui lui sera forcément très utile par la suite- mais aussi avec des indics et des agents non-officiels -auxquels elle fait appel dans ce pilote. Elle a quitté ses fonctions au sein de l'agence gouvernementale quelques années plus tôt pour se consacrer à sa famille et devenir professeure d'université, comme son mari, spécialisé dans la théologie (ce qui permet à la créatrice quelques digressions religieuses chères à son coeur). Elle explique en ces termes le choix de sa démission : "I bought the idea that we were in the business of eliminating terrorism. The next thing I knew we were engaged in systematic torture. What good does it do to catch the enemy if you just become the enemy?". Madam Secretary n'hésite pas à adopter un ton engagé. Pour cela aussi, elle me paraît importante. Et puis Tea Leoni. Depuis le temps qu'on attendait son retour... Elle a trouvé l'écrin parfait et je ne la vois pas être autre chose que formidable dans ce rôle.

   Contrairement à ce que le pitch officiel de la série annonce, la vie de famille d'Elizabeth -pour le moment en tout cas- n'est pas particulièrement complexe : certes, ses deux enfants -un garçon, une fille- ne sont pas très heureux de leur nouvelle condition, mais elle n'a pas des relations difficiles avec eux. Les quelques scènes familiales sont même très chaleureuses et amusantes, de vraies bouffées d'air frais, car ils ont tous beaucoup de répondant chez les McGill. Notamment le mari de 'madam", un peu lisse peut-être, mais potentiellement intéressant. Il paraît profond. Tout va dépendre de la place que les scénaristes comptent lui accorder par la suite. Mais c'est le mari de l'héroïne, je ne le vois pas rester constamment au second plan. Cela dit, le pilote nous introduit à énormément de personnages, sans compter tous ceux qui arriveront logiquement dans les épisodes suivants, je pense notamment à la femme du Président, invisible ici. Dans le staff d'Elizabeth, il y a pas mal de fortes têtes, mais je retiens surtout Nadine, sa chef de cabinet, qui va certainement devenir sa Kalinda, et Blake, son jeune et bel assistant, pour qui j'ai un excellent feeling. Un crush peut-être aussi. Une grosse rivalité s'annonce déjà entre Elizabeth et le chef de cabinet du Président, un certain Russell Jackson, un mec pas commode du tout qui semble avoir un hidden agenda. Se pourrait-il qu'il soit lié d'une manière ou d'une autre à la mort du précédent Secrétaire d'Etat ? C'est quasiment une certitude. Y'a de la magouille dans l'air et ça s'annonce passionnant à suivre. Une conspiration ? C'est sous-jacent mais c'est bien là. Et c'est souligné avec humour par le fils d'Elizabeth, un anarchiste auto-proclamé qui est persuadé que tout est conspiration, tout le temps !

   En attendant, dans ce premier épisode, l'héroïne est confrontée à la gestion de sa première crise, qui doit absolument rester secrète afin que l'opération ne foire pas à cause des médias. Deux jeunes hommes se retrouvent injustement emprisonnés en Syrie et vont être exécutés dans une semaine. La course contre la montre commence donc pour elle et tous ses contacts. SPOILER ALERT! Elizabeth va évidemment parvenir à les faire libérer. Ce qui est presque dommage. Ca ne m'aurait pas déplu qu'elle débute la série sur un échec. C'eut été plus audacieux et inhabituel. Voilà pourquoi pas 4 étoiles. Mais je chipote un peu. Il faut en tout cas supposer qu'une crise sera gérée à chaque épisode, les possibilités étant nombreuses et variées, en se mêlant subtilement à beaucoup de feuilletonnant et de grands arcs.

  Davantage dans l'esprit de The Good Wife -classe, sobre, intelligente- que de Scandal -soapy, addictive- Madam Secretary  DOIT absolument arriver à l'antenne tant elle s'annonce d'ores et déjà brillante. Pour le bien de la télévision. Pour le bien des networks. Pour le bien de CBS. Pour NOTRE bien surtout. Une grande série est sur le point de naître.