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 Saison 1 // 170 000 tlsp. en moyenne

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   Un jour comme aujourd'hui, je me dis que les enseignements d'Amy, l'héroïne d'Enlightened, me feraient le plus grand bien si je réussissais à les appliquer. Des touristes qui se traînent dans le métro, une petite vieille à qui l'on cède sa place et qui trouve quand même le moyen de se plaindre parce qu'on ne l'a pas fait dans la seconde où elle est entrée dans la rame ("Ah, enfin !"), une caissière mal baisée, des collègues mal embouchés, des voisins qui se sont crus seuls dans l'immeuble... il y a des jours où l'humanité entière semble avoir décidé de vous emmerder, des jours où on resterait bien sous sa couette... longtemps. Ces jours-là, il faut puiser au fond de soi pour trouver l'énergie nécessaire afin de garder le sourire, avancer sans se retourner et oser. Au cours des dix épisodes de la première saison d'Enlightened, c'est ce qu'Amy fait. Elle échoue souvent et alors ? Elle ne baisse jamais les bras, elle y croit toujours. Pendant combien de temps encore ? Je crois que je n'aurai jamais sa patience. My bad. Alors Enlightened c'est quoi au final ? C'est la lutte quotidienne d'une femme dans le monde moderne, de désillusions en rayons de soleil, de solitude en petit bout d'espoir.

   A chaque épisode d'Enlightened, son lot d'humiliations pour Amy. On pense parfois un peu à Valerie Cherish de The Comeback tant ses multiples déboires provoquent en nous embarras et pitié. La petite différence ici, c'est que la série ne se résume pas à ça et le but n'est pas vraiment de se moquer du personnage, ou alors juste un peu parce que parfois, il faut reconnaître qu'elle abuse pas mal. Laura Dern donne l'impression que ce rôle a été écrit pour elle (c'est peut-être le cas d'ailleurs, étant donné qu'elle en est aussi productice). Qu'elle ait son air de ravie de la crêche avec un sourire jusqu'aux oreilles ou une mine maussade voire un rictus de honte ou de colère qui gronde, elle est d'une justesse à tomber par terre et rend Amy infiniment touchante dans sa quête utopique de l'harmonie parfaite et du bonheur. Elle est si lumineuse parfois et si drôle malgré elle qu'elle en devient belle. Pas que Laura Dern soit un laideron à la base mais son drôle de nez et sa grande taille ne correspondent pas vraiment aux canons de beauté actuels, sans compter qu'elle n'est plus toute jeune. Merci encore à la télévision d'offrir à des actrices comme elle (ou Laura Liney, ou Edie Falco, ou Jessica Lange, ou Betty White...) de briller un peu plus fort. Je crois que ce que Laura Dern maîtrise encore mieux que son jeu, c'est sa voix (ce qui fait partie du jeu aussi me direz-vous) ! Les passages en voix-off sont de toute beauté. Je repense encore à ces mots lors d'un des épisodes les plus marquants intitulé "The Weekend" : "My First Love. My husband. My Heartbreak. My Pain. (...)" ou encore toute sa tirade sur les mères, dont elle rappelle qu'elles ont elles aussi été des enfants un jour et qu'elles le resteront toujours un peu. "Not Enough Good Mothers" était aussi un bel épisode. Une pièce entière a d'ailleurs été consacrée à la mère d'Amy, jouée par Diane Ladd, la vraie mère de Laura Dern dans la vie. Il répond à la question : "Mais que fait Helen de ses journées lorsque sa fille galère au travail ?". C'était un bouleversant discours sur le temps qui passe, la vieillesse, qui se résume parfois un peu à l'attente interminable de la mort... Helen n'est pas un personnage facilement attachant, on peut même dire qu'elle agit très souvent de manière détestable mais on comprend tout grâce à cet épidode et je crois même qu'on lui pardonne tout, aussi. L'amie d'Amy, venue tout droit de son camp de remise en forme hawaïen, n'était pas franchement agréable non plus dans son genre mais quel plaisir de retrouver Laura Dern et Robin Wright face à face à cette occasion ! Tiens, elle aussi mériterait sa petite dramédie. Elle était géniale !

   S'apparentant parfois à une comédie de bureau, Enlightened n'excelle pas autant dans ce domaine (dommage d'ailleurs que le final soit surtout centré là-dessus même si ça a un sens). Elle ennuie même un peu par moment, soyons francs, mais ce qu'elle dit sur le monde de l'entreprise est on ne peut plus vrai, avec tout le cynisme que cela comporte. Mais rien que de guetter les expressions du visage du collègue le plus proche d'Amy -un certain Tyler incarné par le créateur de la série lui-même, Mike White- vaut son pesant de cacachuètes ! C'est d'ailleurs un personnage qui mériterait d'être exploré plus en profondeur, sachant que la seule fois où les auteurs l'ont tenté, ils s'en sont sortis avec les honneurs ! C'est aussi, il faut bien le dire, un des rares proches de l'héroïne un tant soit peu sympa avec elle, qui semble réellement l'apprécier. Du moins au départ. Après... disons que ça se gâte ! L'ex-mari d'Amy n'est pas désagréable non plus au demeurant mais son comportement laisse vraiment à désirer. Dans quel état va-t-il revenir de sa cure (s'il va jusqu'au bout du moins) ? Impossible à dire. Et ce qui est cool, c'est qu'on aura la réponse car la série a été sauvée in extremis de l'annulation !

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// Bilan // Enlightened n'a rien de la dramédie typique à la mode ces dernières années : tour à tour sombre et désabusée, lumineuse et optimiste, reposante ET stressante, elle ne va jamais vraiment là où l'attend, s'autorisant souvent à prendre des risques, quitte à déplaire. Exactement comme son héroïne en somme. Elle n'est pas hilarante, mais pas déprimante non plus. Souriante souvent, un peu triste parfois aussi. Elle est hybride, différente, intelligente, juste. Elle est beaucoup de choses, si bien qu'une saison de dix épisodes ne suffit définitivement pas pour l'apprivoiser.