06 juillet 2008

The L Word

onebangk9rose

Nouvelle Rubrique estivale sur le blog afin de mettre en avant un membre du forum Des News En Séries et lui donner l'occasion de nous présenter une série qu'il ou elle affectionne tout particulièrement (et que je ne regarde pas ... ou pas encore !). Tristana a accepté d'essuyer les plâtres et elle a choisi la série The L Word, parfaitement à son image : sensuelle, torride, intelligente et sensible ! 

L_Word_2004_5

27240830

The L Word est une série américaine, apparue sur les écrans de Showtime en 2004, qui raconte le quotidien d’un groupe d’amies lesbiennes à Los Angeles. Le point de départ est simple : Jenny, jouée par Mia Kirshner (qu’on a pu voir dans le Black Dahlia de Brian de Palma) vient de finir ses études de littérature et elle débarque chez son petit ami Tim (Eric Mabius) pour vivre avec lui à LA. Elle va alors découvrir que les voisines de Tim, Bette et Tina (respectivement Jennifer Beals - l’héroïne de Flashdance - et Laurel Holloman) sont lesbiennes. On va donc suivre, pas à pas, la découverte par Jenny du milieu lesbien, elle qui se croyait hétérosexuelle et presque mariée (elle va d’ailleurs l’être à la fin de la saison 1 mais ça ne durera pas longtemps), mais qui va voir son cœur chavirer quand elle va rencontrer Marina (Karina Lombard, vue dans Légendes d’automne), qui tient le café lesbien où les filles se retrouvent, le Planet.

Comme le nom de la série l’indique (L pour Love, ou Lesbian, ou encore Lust : la luxure…), il s’agit de raconter les amours lesbiennes des différents personnages. Et The L Word le fait avec sensibilité, mais aussi et surtout sans tabou : les scènes de sexe sont nombreuses et assez longues, surtout dans la première saison. C’est d’ailleurs alors que Jenny est en plein coït avec Marina que Tim va découvrir qu’elle le trompe : on a droit à un moment de télévision assez singulier, où ce qui, en général, relève du fantasme masculin (deux magnifiques femmes ensemble) devient réalité : il ne s’agit plus de fantasme, ni même de sexe, mais d’amour. D’un acte d’amour aussi bouleversant que terrifiant pour le personnage masculin qui voit son monde s’écrouler sous ses yeux. Et c’est ça que j’apprécie dans The L Word : on s’écarte des clichés pour montrer une autre réalité. Evidemment, le terme de réalité est biaisé, puisqu’il s’agit de personnages riches, qui ont des positions sociales élevées, et dont le physique est plus qu’avantageux. Mais au risque de paraître mièvre, je dirais que les sentiments évoqués sont eux bien réels, et tout le strass mis en avant par les scénaristes pour séduire le public (car qui s’intéresserait à des lesbiennes moches et sans le sou ?!) s’efface lorsqu’ils évoquent l’intimité de leurs personnages. Et parlons-en, des personnages. Je pense que pour évoquer la série, il faut surtout évoquer ses personnages (pour ma part je parlerai des héroïnes que j’affectionne le plus). Ce sont leurs singularités qui font le sel de cette série.

13_tiphaineTout d’abord il y a Bette Porter. Jouée par l’ancienne héroïne de Flashdance, Jennifer Beals (qui a super bien vieilli, au demeurant), c’est la femme d’affaires, toujours très classe, et qui bosse dans le milieu culturel. Elle se bat dans la saison 1 pour que le musée d’art contemporain dont elle s’occupe reçoive l’exposition « Provocations », une série d’œuvres assez osées, ce qui provoque alors la colère des associations conservatrices. Et c’est là qu’on comprend mieux ce personnage : Bette, c’est la femme moderne, qui sait concilier son travail et ses valeurs. Elle est au départ en couple avec Tina, avec qui elle veut avoir un bébé : bébé qui arrivera malheureusement quand les deux femmes seront séparées. Mais entre Bette et Tina, rien n’est jamais vraiment fini… Je crois que Bette est définitivement mon personnage préféré, parce qu’elle a ce côté masculin, qui sait prendre des initiatives, qui sait imposer sa loi, tout en étant une femme belle, intelligente, fragile aussi parfois. A noter que dans la saison 4, elle forme un très beau couple avec Jodi, une artiste de l’université où est engagée Bette, parce qu’alors elle se retrouve enfin dans une relation d’égal à égal : Jodi n’est pas comme Tina, docile et dévouée, mais au contraire aussi forte et têtue que Bette…

25_tiphaineEnsuite il y a Jenny Schecter, ancienne hétérosexuelle qui va découvrir l’amour entre femmes grâce aux voisines de son ancien fiancé. Jenny est écrivain, et publie quelques romans, dont un - Lez Girls - que des producteurs d’Hollywood veulent adapter au cinéma (ce qui n’est pas du goût de ses amies, qui se sont toutes retrouvées caricaturées dans ce roman - Bette en tête). Jenny est celle qui guide le regard du spectateur, au début de la série. Par la suite, elle s’inclut totalement au petit groupe, et devient une « lesbienne à part entière ». Malheureusement son personnage évolue au fil des saisons, et l’évolution n’est pas toujours à mon goût (elle devient sacrément imbuvable dans la saison 4) ; mais ce personnage réussit à incarner toutes les questions que l’on se pose lorsqu’on découvre une nouvelle orientation sexuelle. Elle interprète aussi bien les délices provoqués par ces nouvelles amours saphiques que l’impossibilité de comprendre ce qui nous arrive. C’est une jeune fille perdue (en témoignent les démons qu’elle est obligée de combattre…), affectée par un traumatisme datant de l’enfance, et qui recherche avant tout l’approbation des autres (notamment sa prof d’écriture). Elle est touchante parce qu’elle n’a pas grandi, et a du mal à s’adapter à ce monde où il faut être adulte pour avancer (Jenny décide d’épouser Tim alors qu’elle est folle amoureuse de Marina, incapable d’analyser ses propres sentiments, et de prendre une décision réfléchie)…

15_tiphaineContinuons avec la star de la série : Shane McCutcheon, jouée par Katherine Moenning, qui l’androgyne mais aussi et surtout la femme fatale du groupe. Shane a les cheveux courts, un physique de jeune garçon, et ça plaît aux femmes : Shane est une briseuse de cœurs, amatrice d’aventures sans lendemain, qui refuse de s’engager. Du moins au début… car dans la saison 2, elle rencontre Carmen, une superbe fille latino, qu’elle demandera en mariage à la fin de la saison 3. Malheureusement, l’engagement et Shane faisant deux, elle s’enfuira le jour-même de leur mariage, son petit frère sur les bras. Ce qui est intéressant chez elle, c’est cette dualité permanente : cette confiance qu’elle a en son sex-appeal, en même temps qu’elle n’a aucune confiance en elle. Shane refuse de s’engager car elle a peur de blesser les autres, et c’est ce qu’elle explique à Carmen au début de leur relation (elle la pousse même dans les bras de Jenny…) En tout cas, Shane est devenue un vrai phénomène de mode, elle s’exhibe même sur des tee-shirts (« My heart belongs to Shane », mon cœur appartient à Shane…) et est en passe de devenir l’icône lesbienne du 21è siècle.

19_tiphaineLa bisexuelle du groupe, c’est Alice Pieszecki (jouée par Leisha Hailey). Alice est journaliste à la radio, et apporte sa touche d’humour, son côté fantasque à la série. C’est elle qui a mis au point « The chart », un tableau qui lie chaque fille à ses amantes (et comme Shane a couché avec toutes les lesbiennes de LA, tous les liens finissent par converger vers elle !). Mais Alice, c’est aussi et surtout l’histoire d’amour avec Dana Fairbanks, joueuse de tennis professionnelle (et qui a bien du mal à faire son coming out dans la saison 1), qui se solde par un échec. On découvre alors dans la saison 3 une Alice déprimée, droguée aux antidépresseurs, et qui garde chez elle une photo grandeur nature de Dana. Derrière le côté évidemment comique de la chose, ce que j’ai apprécié dans cette histoire, c’est la fragilité d’Alice, fragilité qu’on ne distingue jamais, car elle est habituellement toujours dans son rôle de fille excentrique, un peu à l’écart des autres puisque bisexuelle et pas homo. Et c’est encore Alice qui m’a arraché le cœur lors de la mort de Dana, puisque malgré la fin de leur histoire d’amour, c’est Alice qui sera à ses côtés dans ses derniers instants de lutte contre son cancer…

5_chrisss37Pour finir, je ne pouvais pas ne pas évoquer Kit Porter, la sœur de Bette, jouée par la magnifique Pam Grier (la Jackie Brown de Tarantino). Kit est une ancienne alcoolique, également ancienne vedette de la chanson, qui évolue en parallèle du groupe d’amies de sa sœur. Elle est hétérosexuelle (comme le prouvera son aventure platonique avec Papi dans la saison 4) et permet de ne pas cloisonner la série aux seuls homosexuels. Elle reprend le Planet après la tentative de suicide de Marina, et en fait un bar où se produisent de nombreux artistes. Une fois de plus, les scénaristes ont créé un personnage touchant, émouvant, qui malgré ses 50 ans passés continue à avancer, à chercher l’amour (presque trouvé avec Angus, la nounou de l’enfant de Bette et Tina, mais vite perdu), et doit aussi se battre contre les préjugés : son père et son fils la rejettent, parce qu’elle était alcoolique, et elle se bat au même titre que Bette pour se faire accepter comme elle est.

l_word

Pour conclure, je dirais que cette série est sans doute l’une des plus inventives des années 2000, grâce à ses personnages subtilement écrits, et aussi l’une des plus osées : The L Word parle non seulement d’amours homosexuelles, mais également de politique (les commandos anti-avortement auxquels Kit doit faire face, les ligues conservatrices qui veulent empêcher une exposition trop osée dans le musée que gère Bette, etc.), et n’hésite jamais à remettre en cause une vision générale du monde étriquée et hétérocentrée.

Posté par LullabyBoy à 13:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]